La
vie publique de Claude
Lorsqu´il eut accepté le trône, Claude fut bien obligé
d´assumer son rôle(personnellement parfois et plus souvent sous l´influence de son
entourage) afin de rester en place et surtout en vie. Voici les traits principaux de la
vie publique générale de Claude :
-Exécution des principaux meurtriers de
Caligula .
Certains historiens sont d´avis que de pauvres
innocents sénateurs payèrent de leur vie le désir de vengeance des gardes du corps
germaniques du défunt qui jetèrent les cadavres sur celui de leur maître Gaius, sans
avoir cherché à savoir si leurs victimes avaient effectivement participé au complot.
Afin de démontrer sa solidarité familiale Claude ne put faire autrement que de faire
exécuter les chevaliers Cassius Chaereas et Cornelius Sabinus qui avaient effectivement
participé au meurtre, le premier ayant
probablement tenu l´arme du crime et ensuite exécuté la veuve et l´orpheline de
Caligula, comme déjà mentionné plus haut.
Claude ne souhaita
pas poursuivre plus loin sa vengeance contre le Sénat, bien qu´il ait eu juridiquement
le droit de le faire, car la noble assemblée ne paraissait pas complètement innocente
dans l´affaire de ce triple meurtre. Ce fut le début de sa politique à la fois
autoritaire et conciliatrice envers le Sénat .
2 - Claudius
administrateur .
L´un des grands mérites de Claudius fut de poursuivre les
transformations administratives entreprises par Tibère qui lui servit de modèle .
Il se fit
appeler Claudius César, nom de famille des Juliens afin de faire valoir sa légitimité,
mais évita le titre d´Imperator. Après le désastre du Principat de Caligula, le
travail en profondeur d´un nouvel administrateur était ce dont l´Empire romain avait le
plus besoin. Cette oeuvre est résumée par Jean-Louis Voisin dans « Histoire
romaine » .
- a ) Organisation de
l´administration centrale qui fut confiée à des affranchis qui transformèrent les
bureaux administratifs en de véritables ministères qui rendaient l´Empereur
indépendant du Sénat et des Chevaliers. Les principales responsabilités furent
réparties comme suit :
Narcisse,
secrétaire privé chargé de la correspondance impériale .
Pallas,
chargé des finances sous les ordres directs de Claude qui créa une caisse centrale. Le
trésor du Sénat retourne à deux questeurs choisis par l´Empereur, passant ainsi sous
contrôle impérial .
Calliste,
une sorte de ministre de la justice .
Polybe,
effectue diverses enquêtes et constitue des dossiers .
En tant que lettré
et intellectuel, Claude était fort à même de contrôler et organiser la politique de
son administration centrale, laissant ses collaborateurs compétents s´occuper des
affaires courantes. Claude reçut à la fois l´imperium militaire et le pouvoir civil.
Il entoura des plus
grands honneurs la mémoire d´Auguste, ce « grand père » qui lavait
tant méprisé, de Livie et de Marc Antoine (son grand père maternel qui avait épousé
Octavia, sur d´Auguste en 40). Le couple engendra Antonia, épouse de
Drusus, union dont naquirent Claude et son frère Germanicus. Cependant il ne réclama
pour lui-même aucune distinction qui eût pu provoquer la jalousie. Il masquait sa
toute-puissance avec habileté. Contrairement à Gaius Caligula, il refusa d´apparaître
comme un roi.
Vers le milieu du 1er
siècle, l´Etat romain avait acquis les bases essentielles d´un système de premier plan
capable d´administrer l´empire qu´il possédait déjà, ainsi que les nouveaux
territoires qu´il s´apprêtait à conquérir, ce qui n´aurait pas encore été possible
sous César .

Il effectua de grands
travaux à Rome : routes, aqueducs, création du port d´Ostie, assèchement du lac de
Fucin, nombreuses constructions de toutes sortes, utiles et de prestige .
Claudius renforça
ses pouvoirs personnels aux dépens du Sénat qu´il voulut contrôler en créant un
nouveau mode de recrutement (l´adlectio qui lui permit de nommer trois tribuns de la
plèbe) tout en montrant une volonté d´honorer le Sénat par certains égards).
D´après Sénèque,
il fit exécuter au cours de son principat 35 sénateurs et 221 chevaliers afin de
rééquilibrer les majorités en sa faveur et montrer de temps en temps qu´il coûtait
cher de quitter le droit chemin. Sa cruauté feutrée parut tolérable après les
exactions de Caligula.
Claudius réinstaura
la censure, d´inspiration républicaine, qu´il exerça lui-même en 47-48 et dont
bénéficia la Gaule Chevelue (voir plus loin le paragrapheV-c) sur la Table Claudienne)
b ) Réorganisation de ladministration
provinciale .
En tant que natif de
Lugdunum, Claude se devait de poursuivre l´uvre de Tibère, lequel veilla à une
administration plus juste et n´hésita pas à condamner plusieurs gouverneurs pour
concussion et abus de pouvoir. Tibère eut la sagesse de ne pas écraser les provinciaux
d´impôts « un bon pasteur tond ses brebis mais ne les écorche pas ». Son successeur
Caligula s´employa hardiment à réduire à néant cette sage politique d´homme mûr.
Claude eut
l´intelligence de tout faire pour réparer les dégâts causés par son prédécesseur
immédiat . En voici les grandes lignes :
fondation de nouvelles colonies et création
de municipes renouant avec la politique de César et celle d´Auguste. Les
privilégiées:Bretagne, Germanie, Thrace, Cappadoce et Syrie.
renforcement des
pouvoirs des procurateurs impériaux dans les provinces sénatoriales ou
impériales. Organisation et romanisation intensive de la Maurétanie, héritée de
Caligula après la mort de Ptolémée, en deux provinces procuratoriennes : Césarienne et
Tingitane .
généreuse
politique de naturalisation comprenant celle des auxiliaires des légions après leur
temps de service, ce qui permit à leurs fils de devenir légionnaires romains.
politique de
grands travaux : routes et aqueducs (Brévenne), particulièrement en Gaule.
discours dit de
la « Table Claudienne » devant le Sénat, dont nous parlerons plus loin.
c ) Son action
militaire .
Ayant été porté au pouvoir par l´armée, Claude savait que
son soutien lui était acquis à condition qu´il n´agisse pas contre les intérêts de
la version romaine de la grande muette, laquelle ne demandait qu´à jouer son rôle dans
de bonnes conditions.
Claude eut la sagesse
de comprendre que le soutien de l´armée était indispensable à son
maintien au pouvoir.
Cela s´est également avéré sage pour plusieurs de ses successeurs qui préférèrent
également se méfier des sénateurs .
La conquête de la
Grande Bretagne avec installation du culte impérial à Camulodonum (Colchester) au nord
de Londres fut l´une de ses actions réussies dans le domaine militaire.
Afin de réparer
l´erreur commise par Caligula qui avait renoncé à envahir la Bretagne, Claude décida
d´intervenir dans cette contrée où il envoya une armée sous le commandement de Aulus
Plautius (commandant de la Germanie inférieure ), qui comptait le futur empereur
Vespasien parmi ses principaux lieutenants. Le corps expéditionnaire comprenait des
légions venant de Strasbourg, Mainz, Köln et de Pannonie. Chaque légion comprenait un
peu plus de5000 hommes, essentiellement des fantassins et quelques cavaliers jouant le
rôle d´estafettes. Afin d´assumer son rôle paramilitaire en parfaite symbiose avec
Claude, la légion comportait de nombreux spécialistes (ingénieurs, architectes,
maçons, personnel administratif, personnel médical etc.) dont les compétences étaient
aussi importantes à l´administration romaine en temps de paix qu´en temps de guerre .
Lorsque la victoire
fut pratiquement acquise, Claude se rendit personnellement en Bretagne où il resta 16
jours afin de justifier l´attribution d´un triomphe. Le Sénat vota l´érection de deux
arcs de triomphe pour commémorer cette grande victoire de Claude qui avait reçu la
reddition de onze rois britanniques : l´un des deux arcs en Gaule et l´autre à Rome. De
ce dernier subsistent quelques fragments de l´inscription.
- d ) Son action dans
le domaine religieux .
- Claudius interdit
le culte druidique,
- expulsa de Rome les
juifs se réclamant de « Chrestus », sans pour autant les persécuter,
- mais continua à
tolérer les autres juifs .
- Entiché de
sciences religieuses, il réorganisa les haruspices (devins qui interprétaient la
volonté des dieux, notamment par l´examen des entrailles des victimes) en une assemblée
collégiale de 60 membres.
- Il soutint le culte
de Cybèle, déesse phrygienne de la fertilité dont les fidèles firent plus tard de
grands ravages parmi la communauté chrétienne de Lugdunum .
- Indépendamment de
sa volonté, Claude accéda au rang des dieux après sa mort. Dernier paradoxe personnel
pour lui, le Sénat lui décerna l´apothéose et Agrippine devint la grande prêtresse du
divin Claude, ce qui n´a pu que gâcher ses débuts dans l´éternité. Belle fin de
carrière pour un « avorton » insignifiant, qui eut seulement le titre
de simple prêtre sous Auguste !!!
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