Votre rencontre avec une célébrité

 

Madeleine Mourand                                                                                                                  Le 5 février 2004

 

Je vous ai aperçu de loin. Vous marchiez, chemise blanche et pantalon foncé, tête nue. C’est votre allure, à la fois calme et décidée, qui m’a intriguée, intéressée. Qui étiez-vous ? Manifestement, pas un touriste, ni un étranger, vous étiez là chez vous. Seul à traverser cette place, vous aimantiez mon regard. Fugitivement, je me suis demandée ce que vous faisiez dans la vie - ouvrier, médecin, étudiant ? - comme quand on cherche à savoir à qui on a à faire. Mais là n’était pas la question. Votre seule présence avait quelque chose d’insolite et de fascinant. Je vous regardais.

Vous ne veniez pas dans ma direction. Vous poursuiviez votre marche vers la droite, déterminé, n’attendant rien de personne, la tête haute et ne déviant pas le regard, chaque pas résolu, tranquille et ferme. Je me suis demandée quelle idée vous habitait, quelle force vous entraînait, ou quelle inconscience, si vous aviez bu ou fait un stupide pari, si vous aviez l’esprit exalté ou la peur au ventre, si la foi suffit à déplacer les montagnes.

Jusqu’où iriez-vous ?

A un certain moment, vous avez ralenti votre pas et votre silhouette, superbe et fragile, m’a tout à coup fait battre le coeur. Je me suis levée, n’osant y croire, espérant soudain. angoissée et prête au miracle. Vous vous êtes arrêté. On ne voyait que vous dans cet immense espace …

Alors incrédules, épatés, éblouis, à cet instant des milliards d’hommes t’ont reconnu.
Devant toi, le char s’immobilise sur la place Tienanmen, mais nul, jamais, ne connaîtra ton nom. Nul, jamais, ne te rencontrera.

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