Une histoire passionnelle

 

Madeleine Mourand                                                                                                                  Le 8 janvier 2004

 

Pierre était né le trois mars 1933. De sa prime enfance, il ne se souvenait pas : trop lointaine, trop plate, trop triste peut-être. Il ne lui en restait qu’une image fulgurante, celle de la robe rouge de sa mère le jour où elle revint à la maison ; il avait trois ans.

D’où rentrait-elle ? Il ne s’en était jamais soucié vraiment. Sa vie avait commencé ce jour-là, entre son père et sa mère. Il trouvait l’équilibre, dans ce cocon qui lui avait tellement manqué : deux, c’était l’absence, trois, le bonheur.

Il est allé à l’école, au collège, il a inscrit de plus en plus souvent sa date de naissance sur des formulaires. Obscurément, sa vie tournait autour du “trois”. C’était plus qu’ un chiffre mascotte : il guidait sa vie, il était lui-même.

D’ailleurs, sans même le vouloir, il s’est mis à habiter “au trois de la rue” : de la rue Ampère, de la rue Lepic..., mais toujours au trois. Sa collection de capsules de bouteilles de bière a commencé avec la “33”. Il jouait au loto le trois de chaque mois, aimait sortir du travail à trois heures et offrait trois roses à toutes les dames de son coeur.

Il y en eut une, Eulalie, qui lui parut valoir plus de trois jours d’attention. Par mégarde, il s’éloigna définitivement de ses parents et l’épousa.

Ils filèrent quelque temps le parfait amour et leur couple suffisait au bonheur de Pierre. Mais, insidieusement, quelque chose se mit à lui manquer. Un sentiment de vide l’habitait, l’entourait, s’amplifiait, l’aspirait. Avant de sombrer, il rencontra Claire, qui devint sa maîtresse. L’ordre était rétabli.

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