A partir de la petite annonce suivante, imaginez l’histoire : “ Vends maison où je ne veux plus vivre ”. Consigne : rédiger le texte à deux.

 

Annie Cortot
Madeleine Mourand                                                                                                                  Le 4 mars 2004

 

Il y a vingt ans, j’ai eu un coup de coeur pour cette maison. Bien grande, bien propre, tranquille dans son coin de campagne, il s’en dégageait une sérénité, une chaleur, le charme des demeures qui ont beaucoup vécu. Je m’y suis trouvée bien, en harmonie avec les vieux murs. J’étais chez moi.

Le temps a passé. Les bruits ont changé. Les petits craquements cristallins sont devenus grincements et souffles imperceptibles. Ma voix s’est mise à y résonner sourdement. Intriguée, je commençais à ne plus reconnaître la maison.

Et puis est apparue une petite toile d’araignée dans l’angle du salon. Sitôt vue, sitôt enlevée. Et le lendemain, elle était de nouveau là, plus grande, les fils plus gros. Cinq jours de suite je l’ai enlevée. J’ai fini par la laisser.

Les loirs, logés dans la toiture, se sont mis à ne plus dormir l’hiver. Leur sarabande continuelle a tout doucement grignoté mon sommeil et hanté mes nuits. De plus en plus souvent, aussi, de plus en plus inquiète, je devais effacer les traces de passages inexpliqués.

Et puis un jour, j’ai cru voir les murs bouger. J’ai cru voir le salon un peu plus petit, la toile d’araignée encore plus grosse. Les traces de pattes se dirigeaient vers la porte pour m’indiquer le chemin à suivre. Et les murs se rapprochaient, m’enfermaient, me poussaient. J’étouffais. La maison me mettait dehors.

L’après-midi même, je me suis rendue à l’agence. J’ai mis ma maison en vente : “Vends maison où je ne veux plus vivre”. L’agent immobilier est venu la visiter. Il a trouvé une maison bien grande, bien propre, tranquille dans son coin de campagne.

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