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Bonsoir, Madame la Lune ! Le nez en lair, je vous observe ; les grands ont beau me montrer vos yeux, votre nez, votre bouche : moi jai bien du mal à reconnaître quelque chose dans le lait troublé de votre face ronde. Si josais, je ferais comme le petit chaperon rouge et je mexclamerais «oh ! Comme votre visage est rond !» Mais je réserve mes réflexions pour moi : je nai pas envie dêtre avalée. Cest peut-être ce qui est arrivé à Pierrot ! Que fait-il là-haut avec cette plume quil doit me prêter ? Jai beau scruter, je ne le vois pas. A force dobserver, Madame la Lune, il y a des moments où je distingue votre sourire ; je le trouve bienveillant et je suis sûre que Pierrot nest pas prisonnier. Jai beau chanter «Au clair de la Lune » il ne répond pas ; cest lassant, à la fin, et jai envie de bouder. Après tout, tant pis pour lui ; je nai pas sa plume mais jai celles de lécole. Jaime tant lodeur de lencre et du papier Je la trempe doucement, ma plume, sinon, elle fait des pâtés sur mon cahier, comme des taches de larmes, des étoiles violettes que le buvard avale goulûment ; jaime aussi le petit crissement, quand elle chemine sur la feuille blanche. Je mapplique : appuyer, mais doucement, imprimer mais ne pas écorcher ; et les pleins et les déliés, qui me font crisper les doigts sur le manche de bois. Lettre après lettre, les signes senchaînent, les lignes emplissent la page de leurs dessins. Je mapplique un peu plus ; et quand je plisse les yeux, je vois tous les signes se mettre à bouger, quitter la page comme pour senvoler ; au clair de la Lune, peut-être vers toi, ami Pierrot ?
A la claire fontaine, jai rencontré Pierrot ; mais pour un bouquet de roses Dis, quand reviendras-tu, dis, au moins le sais-tu, que tout le temps qui passe
Peut-être que ton voyage est enfin terminé, de ville en ville, de port en port ?
Ta plume, tu me las offerte ; et bercée par le rythme de la mélodie, jai mis lerrance en mots, la douleur en arc-en-ciel. Ce que je sais, cest que je taime encore.
Colette Laberny - 5 mars 2003
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