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Choc, brutal; je n'ai rien vu venir, rien pressenti, et puis, cette lettre.
Le sol, tout à coup instable sous mes pas ...
J'ai mal lu, mal compris ; il faut que je reprenne mes esprits, que je tente de déchiffrer le véritable sens des mots.
Ce n'est pas vrai, ce n'est pas possible ! Je n'arrive pas à réfléchir ; les souvenirs semmêlent, les dates se confondent. Il faut pourtant que je me cramponne, mais à quoi ?
Repères envolés, certitudes détruites, tout tourne et m'emporte. Comment sortir du labyrinthe? Je suis l'aveugle qui tâte désespérément les murs pour trouver l'issue.
Je lutte, je me débats; en vain. Ma raison, où t'es-tu noyée? C'est çà, c'est l'explication : je suis devenue folle ; ou alors espoir je fais un cauchemar, un horrible cauchemar !
La tête me tourne. De l'air ! Je voudrais de l'air ! Mais clouée dans le fauteuil, je n'ai pas la force d'aller jusqu'à la terrasse. Et cette petite voix sournoise qui ricane derrière moi, quand va-t-elle arrêter de me torturer ? Quand ? Une rage violente m'envahit toute entière, me secoue par saccades ; bateau sans amarres, esquif perdu dans le brouillard, je ne maîtrise plus la moindre pensée, le moindre geste.
Le liquide chaud qui glisse sur mes joues me ramène enfin à moi-même ; je suis là, anéantie, devant les débris d'un temps qui ne sera plus.
Colette Laberny - 20 novembre 2003