Aujourdhui était le dernier jour. Il était inscrit dans lordre des choses, dans lordre du temps qui nous emporte chacun au fil de notre destin.
Longtemps, elle ne sétait doutée de rien, sétait laissée grandir sans sen apercevoir ; elle était le petit chat, hardi et craintif à la fois, la grappe gourmande du raisin ou la fleur dhibiscus, et parfois encore, lodeur de la terre, juste quand les gouttes de pluie commencent à y faire de lourdes tâches. Les jeux du jour se prolongeaient des rêves de la nuit et son jardin était un inépuisable trésor.
Et puis, voilà quelle était devenue une grande «Presque une jeune fille !» disait son père, et elle aimait le sourire de tendresse quil lui dédiait en prononçant ces mots. Elle avait découvert le plaisir et le soin de la toilette, le bruissement de la robe quand on marche, les reflets de lumière dans sa chevelure sombre. Elle ne se couchait plus dans lherbe pour y découvrir les petits coléoptères mordorés de son enfance, mais il y avait plein dautres choses à occuper les journées ; et elle éprouvait assez de sympathie pour son image dans le miroir, pour accepter de vivre en harmonie avec elle.
Un jour pourtant, un doute sétait insinué, au coin dune parole, dune bribe de conversation. Départ oui, cétait bien cela, départ ! Alors elle sétait révoltée. Elle si joyeuse, si ouverte, était devenue violente et taciturne. Elle ne pouvait pas accepter. Et tout ce que les autres disaient navait pas de sens pour elle. Ils ne pouvaient pas comprendre que ce départ imposé, cétait un arrachement, une coupure mortelle, une destruction delle.
Elle avait été malade, très malade. Elle gardait seulement le souvenir de la fièvre et des cauchemars, la sensation dun combat épuisant contre elle ne savait quoi.
Colette Laberny - 21 mars 2002
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