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Thème : Vous écrivez un article pour un quotidien couvrant un
événement de lactualité récente.
Le monde des joutes est en deuil : un athlète vient de disparaître lors
des championnats de France de joutes fluviales qui se sont déroulés le 15 août dernier
à Vernaison.
Francis Rouleau, qui commençait à faire parler de lui au niveau de lIle de
France, a trouvé la mort au moment-même où il rencontrait la gloire. En effet, ce grand
rassemblement des jouteurs de France qui avait commencé comme une énorme fête,
sest terminé dans le drame. Rappelons les faits.
Cest sur les bas-ports dun petit bras du Rhône transformé en bassin
de joutes aux dimensions réglementaires, que toutes les équipes sétaient
retrouvées joyeusement. Une grosse tribune,
croulant sous les spectateurs, avait été élevée au milieu du gazon et des massifs. Sur
tous les accès menant au village, fleurissaient brillamment les armoiries des villes
concernées. On reconnaissait celles de Givors, de Loire, de Condrieu, de Valence ;
il y avait aussi celles de La Mulatière, de Belleville et, pour faire court, de toutes
les villes de France qui possèdent une équipe de joutes fluviales.
LHarmonie « La Barquette Givordine » jouait fort des airs entraînants,
parfois même un peu cacophoniques mais la fête était dans lair avec lodeur
des merguez.
Les petits drapeaux de chaque équipe circulaient dans la foule animée des supporters
ainsi que des canettes de bière et de coca, des glaces et des barbes à papa.
Les deux barques, la rouge et la bleue, avaient commencé à se croiser vers les
dix heures avec les jouteurs débutants. Un équipage de quatre rameurs faisait équipe
avec son jouteur et menait les embarcations à grande vitesse lune contre
lautre. Le barreur étudiait la situation, donnait la cadence : « 1, 2,
1, 2
», ralentissait ou accélérait à volonté et criait
« barre ! » au moment de lassaut ; à ce moment-là, les
rameurs saluaient léquipe adverse en levant les rames ; le jouteur, sur la
plate-forme arrière ou tabagnon, saluait aussi son adversaire de sa lance ; il se
calait bien, immobile, imperturbable, les jambes en grande fente avant, la poitrine
protégée par son bouclier de bois armorié. Au moment où les barques se rencontraient
à pleine vitesse, les équipages cessaient de ramer et les lances se croisaient avec
beaucoup de violence, se pliant souvent, se rompant parfois. Le jouteur le moins habile
perdait léquilibre et, la plupart du temps, tombait à leau.
Les haut-parleurs annonçaient les scores en nasillant
Ils étaient superbes ces jouteurs dans leur justaucorps blanc, la poitrine
protégée par leur bouclier de bois qui amortissait les assauts les plus forts ; ils
ressemblaient à des escrimeurs ; ou plutôt à des chevaliers en tournoi, combattant
pour lhonneur de leur « maison » ou de leur « dame ».
Après une brève interruption qui permit à chacun de se dégourdir les jambes et
de croquer un morceau, les assauts reprirent de plus belle, avec les jouteurs confirmés.
Le ton changeait, cétait du sérieux cette fois : les
« meilleurs » étaient là.
On voyait souvent revenir sur le tabagnon de la barque bleue un jeune athlète très vif,
très mince, qui gagnait tous les assauts quil menait. Il portait les couleurs de
Saint Mammès, une petite ville au confluent du Loing et de la Seine.
Les spectateurs lavaient vite remarqué, ils
lapplaudissaient à tout rompre, lacclamaient dès quils le voyaient
reprendre le courant
Et « 1, 2, 1 ,2 » ! solide comme un roc, il
ne bronchait pas sous les attaques des adversaires les plus renommés, ni devant les plus
entreprenants. Dans la foule, on murmurait déjà son nom : Francis Rouleau. Parfois
même des plaisantins scandaient : « Rou-leau com-pres-seur ! Rouleau
compresseur ! »
Ce manège tint en haleine tout laprès-midi les badauds venus prendre
lair et le soleil au bord de leau et surtout les supporters enragés, tous de
braves gens que la chaleur et la boisson commençaient à animer sérieusement.
Il était 17 h mais lintérêt du spectacle était à son comble :
cétait le dernier combat entre les deux meilleurs jouteurs de ces rencontres :
Francis Rouleau et Gaël Levarech.
Tout à coup, une clameur énorme jaillit de la tribune, un hurlement de surprise et de
douleur. Après une lutte interminable, le breton Levarech avait heurté violemment la
poitrine de Francis ; sa lance cassa net et cette pointe brisée, aiguë comme un
poignard glissa sur le plastron protecteur et se planta dans lil du jeune
athlète qui tomba, ensanglanté, du tabagnon de sa barque.
On vit alors une jeune fille se lever du premier rang de la tribune, courir vers la
barque immobilisée et tomber à genoux sur le gazon de la berge.
Les secours, prêts à intervenir, emmenèrent très vite Francis à
lhôpital ; mais il ne survécut malheureusement pas au trajet.
Le comité des joutes de Vernaison a immédiatement décidé délever un
monument à la mémoire de Francis Rouleau. La statue de deux jouteurs couleur
dargent, saffrontant, les jambes en grande fente avant, bien campés sur un
socle de pierre, sera inaugurée le dimanche 20 novembre à 10 h.
Venez nombreux, amis des joutes, pour un dernier hommage à un grand
champion.
Danielle JOLY Atelier
décriture Le 21 novembre 2002
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