Danielle JOLY Le 20 février 2003
Consigne : Vous ferez un récit dans lequel vous nutiliserez pas
dadjectifs qualificatifs et moins de 10 adverbes.
| Cétait en juin ; Jean-Jacques Barois exposait quelques unes de ses uvres dans la Chapelle de la Visitation, à Condrieu. On mavait prévenue : « ce peintre ne travaille quavec des blancs ; sa peinture est tout en lumière et en sérénité » De quoi rêver A lentrée, sur le parvis, un homme dune quarantaine dannées, tout en blanc, dans un costume sans affectation, bavardait avec un couple de visiteurs. Le peintre, sans doute. Je pris un catalogue sur la table et entrai dans la fraîcheur de la chapelle. Il y avait là un climat de mystère et de recueillement. Lombre et le calme du lieu étaient encore accentués par les lambris dacajou qui reposaient lil et feutraient les voix. Sur le brun des boiseries couvrant les murs presque entièrement, luisait une série de tableaux de 1 m sur 1 m environ ; ils étaient éclairés , chacun par un projecteur mais brillaient surtout dune sorte de ferveur. Je mis longtemps avant de mapprocher et de faire lentement le tour de ces merveilles. Ici, cétait un horizon de brume et de neige ; là, une ville fantôme crevant les nuages ; là encore, un lac dont la glace reflétait trois arbres dans leur nudité dhiver. Chaque tableau était un chef-duvre de simplicité, de pureté, de renoncement à quelque chose que je narrivais pas à définir, où chaque trait, chaque nuance faisait sens, puissamment. Ces blancs étaient habillés de bleuté, docre, de gris, de rose, subtilement. Lhomme en blanc mavait rejointe ; il mexpliqua quà travers son uvre il essayait de transcrire le silence silence dune jarre de terre contre un mur, au soleil ; silence de létang sous la glace ; silence des nuées accumulant la neige à lhorizon Il me dit aussi quil passait plusieurs couches denduit sur chaque support et que les nuances, telles des vibrations, étaient rendues grâce aux transparences. Il me confia enfin quil employait toutes sortes de matériaux, depuis la poussière de son atelier, jusquà du sel de cuisine pour léclat des cristaux. Cette exposition a, une fois encore, confirmé ce quest pour moi le vrai rôle de lArt : cest transfigurer le monde pour le rendre plus habitable. Aragon a dit : « Vivre est un village où jai mal rêvé » Moi, je préfère : « Vivre est un village où je veux bien rêver » |