L e Rêve                                               

                                                                                                           Le 23/01/03.                     fee.jpg (19962 octets)

 

J’ai des cachets pour rêver. Ce soir, j’en prends un sur lequel est écrit en tout petits caractères « HIER ». Je l’avale avec un peu d’eau et je m’endors. Me voilà donc hier, je ne fais rien d’intéressant mais à peine ai-je commencé à ne rien faire que me voilà propulsée dans hier puisque j'étais dans l'aujourd'hui d'hier. C’était donc l'hier d'hier et c’était beaucoup plus intéressant, je m’apprêtais à revivre cette rencontre que je n’oublierai jamais quand je suis tombée dans l’hier de la rencontre du lendemain. Comme le cachet faisait de plus en plus d’effet j’ai sauté du jour au lendemain à avant-avant-hier en me disant « mais de quoi hier sera fait ? » On a beau connaître son passé, si on ne fait que passer ce n’est pas passionnant !

Le lendemain met toute une journée pour arriver mais la veille a déjà fait son temps et quand on y est ce n’est déjà plus hier et voilà comment d’hier en hier je suis arrivée à jadis et là je ne me suis pas trouvée, c’est normal le temps passe si vite.

Cette pilule de l’hier n’est pas tout à fait au point ! Tant pis.

Demain, j’essaierai la pilule … du lendemain.

S. Fanjat.

 

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Aie Aie, j’ai mal à la tête. Ils sont nuls ces cachets, c’est la dernière fois que j’en prends un et ce qu’il reste de la boîte va passer à la poubelle. Ce n’était pas un rêve, ça, non, c’était un cauchemar, un cauchemar de mots… Il va me falloir du temps pour digérer cette nuit passée. Ils sont encore tous là, dansant dans la vapeur de ma tasse de café : d’abord le petit ‘’hier’’ terne et blafard qui ne ressemblait à rien, l’ennui personnifié. Maintenant que je suis réveillée, ce petit ‘’hier’’stupide, je vais l’appeler Kihier et m’en servir pour remuer le café, il fera ça très bien avec ses grandes jambes raides et ses yeux vides de poisson mort. Et toc, ça va déjà mieux.

Restent : Avant-hier, Veille, Lendemain et Jadis et ils sont là tous les quatre, devant mes yeux ouverts, ricanant, grimaçant et grinçant, l’air de dire : « C’est pas parce que tu as transformé hier en cuiller à café que tu vas t’en tirer comme ça ». Mais je ne vais pas me laisser faire. J’ai une idée : une table, quatre chaises, un jeu de cartes, une règle du jeu. Maintenant, il ne faut pas se tromper de règle, c’est très important. Pas le bridge, il y a toujours un mort et il viendra m’empêcher de savourer mon café. Pas la belote non plus, en équipe de deux, ils seront trop forts et ne me laisseront jamais en paix. J’ai trouvé : le poker. Là je sens que ça va marcher. La partie commence et moi, je commence à m’amuser, et même à bien m’amuser tout en remuant rêveusement mon café avec Kihier. Jadis a voulu faire le malin, il est KO, il a tout perdu. Exit Jadis. Avant-hier est en train de perdre lui aussi, il fait pâle figure… Exit aussi Avant-hier.

La vapeur du café est de plus en plus suave.

Lendemain a un carré d’as et Veille une paire de rois. Veille bluffe, elle a l’air douée, très douée pour le bluff, Lendemain un peu inquiet laisse monter les enchères, tient bon, et gagne haut la main.

Le café est délicieux. Le mal de tête a disparu, la journée s’annonce bien. Et il est hors de question d’essayer la pilule du lendemain. Lendemain s’en sort très bien tout seul.

 

                                                                                 Le 6/02/03. Annie Cortot.

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