| Invasion de pélicans à Lyon
Sur la place Bellecour.
La nuit dernière sest produit à Lyon un événement étrange et unique au monde jusquà ce jour. Tout a commencé, doucement, à la tombée de la nuit : deux pélicans adultes ont atterri en douceur au pied de la statue de Louis XIV. Apparemment, ils se connaissaient bien et conversaient tendrement ; apparemment ils connaissaient les lieux car ils se sont dirigés à pied (ou à patte) sans hésitation vers la brasserie Maître Kanter où ils sont entrés, les yeux suppliants, et ont quémandé de la nourriture. Ils étaient affamés, semble-t-il et les serveurs leur ont donné du poisson en quantité, sous l'il amusé des convives. Cest le patron de la Taverne qui a appelé le Journal et quand je suis arrivée sur les lieux, les deux pélicans étaient déjà revenus au pied de Louis XIV. Et jai pu assister en direct à la suite des événements : les deux pélicans, du même élan, se sont perchés sur la tête de Louis XIV, et du même souffle, ont poussé un cri guttural. A ce moment là, jai vu de mes yeux vu, des dizaines et des dizaines de couples de pélicans converger vers la place, et tous suivaient le même trajet, les uns après les autres : atterrissage au pied de Louis XIV où une zone avait été libérée pour éviter les accidents semble-t-il. Puis sagement, ils se sont mis en rang 2 par 2 en jacassant comme des pélicans, en direction de la Taverne. Puis dautres files se sont formées vers tous les restaurants de la place, tout ceci dans un ordre parfait. Hommes, femmes et enfants assistaient, muets, sidérés, pétrifiés, à cet étrange spectacle qui a duré toute la nuit et qui est loin dêtre terminé. Aucune peur, aucune panique, aucun trouble : les policiers sont arrivés sur les lieux vers minuit, sans sirène et sans gesticulation. Le Préfet et le Maire sont venus eux aussi. La place Bellecour était recouverte de pélicans repus, endormis en boule comme de grosses meringues, la tête sous laile, les spectateurs tout autour, sur trois rangs, silencieux, comme pour veiller au repos des oiseaux sur la place. Maintenant les autorités et les scientifiques se posent beaucoup de questions : les pélicans vont-ils rester ? repartir ? Sils restent, il va falloir régler une tonne de problèmes pratiques : problèmes sanitaires, problèmes dapprovisionnement, problèmes de circulation automobile, problèmes d'ordre public (les Lyonnais vont-ils supporter longtemps d'être privés de leur place Bellecour ? ) et jen oublie certainement Et les scientifiques envoyés sur place en urgence vont avoir aussi beaucoup de travail : pourquoi ce rassemblement ? Doù viennent-ils ? Pourquoi Lyon ? Est-ce une mutation des pélicans ? Dans la foule questions et réponses se murmurent jai entendu : « Lyon cest parce quon y mange bien, le monde entier le sait » « oui mais les pélicans, comment le savent-ils ? Et puis, ils nont pas choisi les meilleurs restaurants ! ! » La place Bellecour, cest parce quil y a les deux fleuves et les pélicans ont besoin deau » « Vous croyez que ça va durer longtemps ? » « Mais enfin, on ne peut pas accueillir tous les pélicans du monde ! Il va falloir faire quelque chose » Et si on leur demandait ce quils font là ? » « Quelquun a essayé, un journaliste américain paraît-il, il a dit que les pélicans ne parlaient pas anglais » etc. etc. A suivre, donc, dans le Journal de demain.
Votre correspondante sur place. Annie Cortot. 21/11/02. |
![]()
|