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Récit de Noël à offrir…

 

40° à l’ombre et c’est Noël. C’est vraiment Noël… mais qu’est ce qui s’est passé ? Le Père Noël en est tout retourné, il a chaud, très chaud sous ses fourrures… et il est furieux. Mais qui est responsable ? Il va falloir qu’il le trouve le responsable de cette farce idiote ! Les rennes, ce ne peut-être qu’eux. Il les regarde attentivement : ils broutent tranquillement une herbe dure et bleue, et ils ont même l’air de se régaler, et ils n’ont pas l’air de souffrir de la chaleur, eux…

Bon ! ! Le Père Noël essaie de rassembler ses idées : « Je suis parti à 22h comme tous les ans, le trâineau rempli des cadeaux, les rennes bien attelés, moi bien couvert car je sais qu’il fait froid, et maintenant : il est 9h du matin, ( je suis pourtant parti depuis une heure seulement), il fait très très chaud, le ciel est tout bleu, je suis dans un désert, la terre est rouge… Un désert rouge, en plus ça ne me va pas au teint, ni au costume. Il a l’air tout terne mon costume au milieu de tout ce rouge. Vraiment, c’est la première fois que ça m’arrive… je n’y comprends rien. »

C’est à ce moment là que le Père Noël a remarqué l’œil de Pedro. Pedro, c’est le plus petit des rennes, son préféré aussi, il doit bien le reconnaître, le Père Noël. C’est pour lui qu’il a fabriqué le très gros chou vert dans lequel Pedro passe ses journées à brouter et dans lequel il dort des après-midi entières. Et là, au milieu du désert, Pedro a un air vengeur et l’œil encore plus malicieux que les autres jours.

Pedro, viens un peu par ici. Allez, Pedro, ne fais pas ta mauvaise tête et viens voir ton bon Papa Noël… Là… C’est bien. Maintenant, Pedro, dis-moi pourquoi tu m’as fait cette farce ? Pourquoi as-tu entraîné tous les autres et moi avec, dans ce désert, par cette chaleur ? C’est bien toi, hein! ? ?…

Et oui, c’est moi… Rappelle-toi, Père Noël, comme tu m’as maltraité hier, comme tu m’as bousculé, comme tu t’es moqué de moi. Tu es allé jusqu’à chercher le diable pour arriver à tes fins.

Pedro, tu es de mauvaise foi. Le chien ne voulait pas te mordre, le bâton ne voulait pas battre le chien, le feu ne voulait pas brûler le bâton etc.…Personne ne voulait rien faire. Y a que le diable qui a bien voulu emporter le boucher et qui a ainsi dénoué la situation… sinon, tu y serais encore, dans ton chou.

Père Noël, c’est toi qui es de mauvaise foi. Il aurait suffi que tu me le demandes gentiment, avec un ‘‘s’il te plait’’ au lieu de crier et de menacer, et je serais sorti de mon chou tout de suite… regarde, nous ne sommes pas si mal que ça dans ce désert, au lieu de se geler dans les pays du Nord, dans la neige et dans la glace.

Mais enfin, Pedro. Moi, j’ai trop chaud, et dans les déserts, il n’y a personne, par définition, pas de cheminées, pas d’enfants, rien. Qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? Hein!, toi, le grand malin, tu vas sûrement trouver une idée… tu es obligé de trouver une idée.

Père Noël, d’abord, tu te calmes. Ensuite, tu te déshabilles. Je t’ai apporté un short vert et une chemisette jaune. Allez, dépêches-toi. !

Le Père Noël a enlevé ses bottes, son costume rouge, a coupé sa barbe, a mis le short vert et la chemise jaune, et hop!, il est remonté dans le traîneau. L’équipage avait fière allure : Pedro en tête de l’attelage, le Père Noël juché sur le traîneau, son chapeau de cuir bien enfoncé sur le crâne, le costume vert et jaune qui lui allait à ravir.

C’est Pedro qui a fait tout le travail. Le Père Noël n’était plus capable que d’obéir, il ne se retrouvait pas dans ces étoiles-là : un Centaure, un Dragon, une Croix du Sud, je vous demande un peu ! Mais plus le temps passait, plus la mauvaise humeur du Père Noël s’estompait. En fait, il y avait beaucoup de monde au bord de ce désert. Près de la mer, des hommes, des femmes, des enfants à la peau noire chantaient et dansaient, la fête était partout, la grande fête du solstice d’été, le jour le plus long de l’année, le plus chaud aussi. Et la présence du Père Noël ne les a pas dérangés du tout. Ils avaient appris son existence par les hommes blancs venus d’ailleurs, le voilà, c’est bien, avec des cadeaux pour eux. Quelle chance !

Puis Pedro a conduit le traîneau vers une grande ville, des immeubles immenses, sans cheminées, au bord d’un océan. Là le Père Noël a eu un peu peur… le slalom entre les buildings était périlleux mais… des guirlandes partout, et tout en bas des petits Pères Noël gros comme des fourmis… en costume rouge et barbe blanche… « Pedro, s’il te plait on va voir de plus près… » Pedro a fait descendre le traîneau juste au-dessus des gens qui courent partout dans les rues. Que de monde ! Que d’agitation ! Mais c’est comme chez nous dis donc !

« J’peux remettre mon costume, Pedro ? »

« Non, tu auras trop chaud tu es très bien en jaune et vert et comme ça, personne ne nous voit. Viens, maintenant, nous allons chez Lucie. »

Démarrage en fusée, il faut monter très haut pour passer les feux de brousse… ‘Doucement Pedro !’ Et on redescend ‘Peeeeedroooo, au secours ! ! ‘ Le Père Noël a mal au cœur et quand il voit le repas de Noël servi dans la maison de Lucie, il est franchement malade… chocolats, dinde aux marrons, pudding, saumon, avec 40° à l’ombre… pas possible, ce n’est pas possible… Mais si Père Noël ! ! Allez Père Noël un peu de courage, tu n’es pas obligé de manger tout ça toi, tu distribues s’il te plait les cadeaux pour Lucie et on repart.

Voilà, c’est fait… Lucie a ses cadeaux de Noël, du Noël de ses grands-parents de France, là où est le solstice d’hiver, et elle mange de la dinde aux marrons chez ses grands-parents d’Oz avec 40° à l’ombre, là où est le solstice d’été.

Merci Pedro.

  

plume.gif (1407 octets)                                                                                                           Décembre 2002. Annie Cortot.