Abécédaire de ma Mère.

 

A comme Adam, Amour, Ami.

Ma Mère n’a pas d’amis. Elle n’a qu’un seul Amour. Adam, c’est pour mon Père… Adam et Eve, c’est ainsi qu’ils auraient du s’appeler. Mais comme ce n’est pas le cas, ils font semblant et ça marche et ils ne le savent même pas.

 

B comme Baiser, Bisou, Bonjour.

Ma Mère ne sait pas ce qu’est un baiser qui claque sur une joue. Elle ne connaît rien de ce moment privilégié d’une rencontre où le Bonjour est important. On arrive, elle commence à discuter, et sans vous regarder, elle pose distraitement une joue contre la vôtre, tout en continuant à parler… et c’est tout.

 

C comme Couple, Casserole, Caïn.

Caïn, c’est le fils raté. Il vaut mieux ne plus y penser et se concentrer sur ce qui est important : son Couple et ses Casseroles. Après tout ce n’est pas de leur faute s’ils ont engendré un fils qui n’a rien su faire de bon. Et il faut bien le nourrir, ce couple, lui offrir tout ce qui existe de meilleur.

 

D comme Dieu, Douleur, Drame.

Ma Mère n’aime pas Dieu, mais alors pas du tout, du tout. Pensez donc, il a osé les chasser du Paradis, tout ça pour des futilités. Du coup ma Mère se complait dans le Drame, en permanence. Ca doit lui rappeler des souvenirs.

 

E comme Enfant, Exclusivité.

Un enfant est la propriété exclusive de ses parents en général et de sa mère en particulier. C’est comme ça qu’elle voit les choses, ma Mère, et il est donc naturel qu’elle sache tout de vous depuis toujours, et qu’elle cherche, fouille… et si elle ne trouve rien, alors elle est triste et dit qu’on ne l’aime pas. Là mieux vaut se taire.

 

G comme Grosse ou Gros.

Pour ma Mère cet adjectif est l’insulte suprême. Allez savoir pourquoi ! Et ce n’est pas une question de poids. Non, non, une femme ne lui plait pas : C’est une Grosse. Pareil pour un homme, mais c’est plus rare.

 

F comme Fleurs.

J comme Jardin.

Ca, c’est sa passion, le jardin et les fleurs. Elle est très fière de ses plantations ma Mère et elle a raison ; son jardin est vraiment superbe. Faut dire que les fleurs n’ont pas d’état d’âme : elles font leur travail de fleurs sans rechigner et le mal qu’on se donne pour les élever est bien récompensé.

 

M comme Mort, Maladie.

P comme Peur, Poésie.

Ma Mère n’est jamais malade et ma Mère est immortelle, tout comme mon Père d’ailleurs. Il est impossible de les dissocier, vous savez. Alors pour chasser la peur et la mort, ma Mère fait des poèmes, de très beaux poèmes. Ce n’est vraiment pas n’importe qui ma Mère et ce truc là elle le fait toute seule, sans mon Père. Etonnant, non ?

 

Le 22 mai 2003. Annie Cortot.   plume.gif (1407 octets)

                      

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