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Au clair de la lune

Mon ami Pierrot

Prête-moi ta plume

Pour écrire un mot…

 

 

Tout va bien, Pierrot, la lune est si belle, les étoiles si proches qu’on pourrait les cueillir à la main, alors, ouvre ta porte, Pierrot, et viens avec moi. On va faire une petite promenade tous les deux, au clair de la lune. La plume, ce n’était qu’un prétexte, je n’ai pas envie d’écrire, mais de parler. Cela fait si longtemps, Pierrot, que nous sommes voisins, si longtemps que j’ai envie de te connaître mieux, de savoir ce qui se cache derrière ta porte éternellement fermée, ce que tu caches, toi, par ton silence et tes réponses énigmatiques.

Qu’est-ce que tu me dis ? Ta chandelle est morte ? Tu n’as pas de feu ? C’est n’importe quoi, Pierrot, on dirait que tu déprimes. Allez, ouvre, je te dis, dehors il fait clair comme en plein jour, dehors pas besoin de feu, pas besoin de chandelle, il fait doux et les grillons chantent. Tu n’entends pas Pierrot ? Alors ouvre ta porte…

Tu as peur, c’est ça ? Tu peux commencer par entrouvrir, entrebâiller, comme tu veux, de quoi faire rentrer un cheveu de lune si tu veux. Ce serait un bon début. Et le cheveu de lune va vibrer à l’unisson des grillons, tu verras, « Son et Lumière », Pierrot, rien que pour toi, dans la douceur de la nuit. Pour toi, et pour moi. Nous pourrions être si bien, Pierrot, étendus dans l’herbe douce, à nous laisser bercer par l’immensité, à nous laisser engloutir par l’infini.

Tu n’aimes pas l’immensité ? Ni l’infini ? Là, j’aurais pu m’en douter… Tu préfères rester confiné dans ta toute petite petite maison à pleurer et te lamenter sur tes amours perdues ? Mon pauvre Pierrot, tu me fais pitié. N’as-tu pas encore compris, au bout de tous ces siècles que Colombine n’est pas pour toi ? N’as-tu pas compris qu’il ne te sert à rien d’attendre et d’espérer ? Tu es stupide Pierrot et tu as l’air complètement idiot avec ton air énamouré et ton visage si pâle. Mais regarde-toi, au moins une fois… Tu vas l’ouvrir cette porte, nom de Dieu ?

Ah ! . Tu me dis de partir… Bon et bien d’accord, je m’en vais, je te laisse te pétrifier dans ta chanson. Après tout tu en as le droit.

 

 

Le 5 juin 2003. Annie Cortot.          plume.gif (2187 octets)