Lettre à propos d’un malentendu entre amis.                                                                                                  

 

(Le 5/2/04)

 

                       Chère P…

 

       Quel dommage ! Tout aurait pu être différent, autre, autrement. Je m’en veux de t’avoir demandé de m’expliquer ce que je ne comprenais pas et je m’en veux d’autant plus que je ne comprends toujours pas, et en plus je ne comprends pas pourquoi tu refuses maintenant de me voir.

       En deux heures, nous avons tout perdu ? La confiance, l’écoute mutuelle ? Non, ce n’est pas possible, je refuse de le croire, je ne l’accepte pas. Si je cherche à comprendre comment tu mènes ta vie, ce n’est pas pour juger, ni trancher, ni intervenir. Ta vie est ta vie et personne n’a le droit de la gérer à ta place, c’est ce que je pense.

       S’il te plait, ma très chère P…, si nous faisions toutes les deux un effort, petit ou grand ? Moi, je veux bien faire taire ma nature qui déteste ne pas comprendre. Après tout, il y a tant et tant de choses essentielles que je ne comprends pas…

      Et toi ? Tu veux bien trouver un jour, une heure, un endroit pour reprendre le dialogue autour d’une tasse de thé ? Nous avons encore beaucoup de choses à faire ensemble, n’en es-tu pas persuadée ? Donne-moi, donne-nous une chance, même toute petite, toute petite chance pour qu’on parvienne à expliquer ce qui a fait si mal lors de ces deux heures fatidiques.

    J’attends ta réponse.

                                      Annie C. (Annie Cortot)

 

 
 
 

                                       ***********Réponse à la lettre à propos d’un malentendu.

 

                   Annie,

 

         « Comprendre comment tu mènes ta vie », m’écris-tu. Mais je ne gère pas, je ne mène pas ma vie, c’est ma vie qui me mène ! C’est au fond toute la différence entre nous et ça, quels que soient les efforts que tu fasses, je ne suis pas sûre que tu puisses jamais le comprendre.

        Les deux heures fatidiques comptent moins par elles-mêmes que toutes les heures dont elles sont chargées depuis si longtemps. Mais jamais tu n’as soupçonné que je puisse voir les choses autrement que toi ; d’ailleurs je ne cherche plus à les voir mais à les vivre ! Je crois tout de même que la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, ce ne sont pas tes questions sur ma vie (Es-tu seule en ce moment ? Ne penses-tu pas à te stabiliser un jour ? Tu risques de finir seule, avec l’âge, on plait moins…) que ton désir acharné de m’apprendre à froncer les rideaux pour ma salle de bain et à faire des smokes pour je ne sais quoi !

       D’accord, chez moi, c’est le bordel (j’espère que tu connais ce mot) mais crois-tu que tout le monde désire habiter dans une bonbonnière ?

      Et ton mari, et tes enfants, et tes petits-enfants ! Je les aime bien mais tu finirais par m’en dégoûter. Tu me reproches parfois ma supposée impudeur sentimentale ou sexuelle. Mais ton bonheur familial est bien davantage impudique. T’es-tu déjà demandé pourquoi tu tenais tant à notre relation ?

    Je ne peux pas t’en dire plus pour le moment mais depuis le temps il fallait que ces choses soient dites, advienne que pourra.

P… (Jean-Marc Talpin)

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