Ce matin, vous vous êtes réveillée dans la peau d’un autre…                                                                                                   .......                                                       

 

 

   C’est bien ma veine, ça… Pour une fois que je me sens bien dans ma peau, il faut que je m’habitue à la peau d’un autre. Allez, courage, ce ne doit pas être très difficile en fait, à l’intérieur de la peau, c’est toujours moi et peu importe l’enveloppe. La seule chose gênante, c’est que je n’ai pas choisi cette nouvelle peau et que je ne sais pas si je peux en changer quand je veux, où je veux. Qui fixe les règles, hein ?

Alors on va dire que c’est moi qui fixe les règles. A partir de maintenant, j’ai deux peaux à ma disposition : celle de d’habitude, celle de jusqu’à maintenant et puis la nouvelle, celle d’à partir de maintenant. Et la nouvelle peau, en regardant de très près, ressemble à s’y méprendre à une peau de poisson, poisson sans écaille, poisson à la peau lisse, phoque, dauphin ou baleine bleue. Bon, on va dire que c’est une peau de phoque et cette nouvelle peau me semble être pleine de promesses.

Je pars au bord de la mer, seule. L’eau est verte autour des rochers et je plonge. Eau qui glisse sur la peau, la rend luisante, brillante. Eau qui glisse sur le corps, le rend libre et puissant. Eau magique, peau magique. C’est génial, c’est géant.

J’essaie : je sors de l’eau, je décide de reprendre ma peau de femme. Ca marche. Voilà, tout est bien.

Je ne saurai jamais pourquoi j’ai cette nouvelle peau, je ne saurai jamais qui m’a fait ce cadeau et qui m’a laissée libre de choisir quand je veux : peau de femme, peau de phoque quand la peau de femme devient trop lourde, peau de femme quand l’eau devient trop épaisse. Et pour finir, j’ai dit, ce sera la peau de phoque qui part dans le grand Nord et n’en revient pas, qui termine sa vie près de la banquise, où il n’y a pas beaucoup de place pour les humains.

                                                     C’est comme ça, j’ai choisi.

Le 7 / 11 /03. Annie Cortot

 

 

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