Il y avait un climat particulier........

 

 

Consigne:       Adjectifs interdits…

  

Ce matin-là dans la forêt, personne ne se sentait à l’aise… les elfes, les trolls, les nains se sont tous retrouvés dans la même clairière, avec les lutins. D’habitude, chaque communauté vivait sa vie et faisait ce qu’elle avait à faire sans s’occuper des autres : les elfes dépliaient soigneusement les corolles des fleurs et défripaient les feuilles ; les trolls s’appliquaient à redresser les troncs des arbres qui s’étaient laissés aller pendant la nuit ; les nains extirpaient les oronges, les cèpes et les girolles de leur gangue de terre, puis les débarrassaient de leur vermine qu’ils donnaient en pâture aux oiseaux ; et les lutins ramenaient au bercail leurs troupeaux de lièvres, de chevreuils et d'écureuils qui avaient gambadé toute la nuit. Et la vie de la forêt suivait son cours calmement, chacun à sa place. La forêt nageait dans le bonheur.

Ce matin-là, la forêt ne s’est pas réveillée. Entre stupeur et peur, elle regardait les elfes de plâtre, les nains de jardin en pierre, les trolls de pâte à modeler et les lutins de papier… en rond dans la clairière, tous ensemble. Aucun geste, aucun mot… Silence et immobilité.

La forêt n’aime pas ne pas comprendre, la forêt n’aime pas ne pas se réveiller, mais elle ne comprendra jamais ce qui s’est passé cette nuit-là. Il lui faudra des années et des années pour admettre qu’elle devra désormais s’occuper d’elle-même sans l’aide de ces personnages de légende auxquels nul ne croit plus.

C’est vraiment depuis ce temps-là que nos forêts se reposent pendant les mois d’hiver, sans fleurs, sans feuilles, que les champignons poussent lentement et gardent jalousement leurs pensionnaires sans pattes, que les lapins courent partout jour et nuit, que les troncs des arbres font n’importe quoi au milieu des broussailles.

Tout ça parce qu’un jour quelqu’un a pensé et a dit : « les elfes, les nains et toutes ces choses n’existent pas… ». C’est bien dommage. Avec l’imaginaire la forêt aurait pu s’épanouir tout autrement, mais on ne saura jamais comment.

 

                                                                             Le 20 février 2003.    Annie Cortot.plume.gif (1407 octets)

 

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